Hypertension causée par certains médicaments : comment la surveiller et la gérer

Hypertension causée par certains médicaments : comment la surveiller et la gérer
28 novembre 2025 0 Commentaires Fabienne Martel

Vérificateur de risque hypertensif des médicaments

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Vous prenez un anti-inflammatoire pour vos douleurs articulaires, un décongestionnant pour votre nez bouché, ou un antidépresseur pour votre humeur ? Vous pourriez ne pas le savoir, mais ces médicaments courants pourraient être en train d’élever votre pression artérielle - sans que vous en ayez conscience. Ce n’est pas une rarité : entre 2 % et 5 % de tous les cas d’hypertension sont directement causés par des médicaments. Et dans certains cas, cette élévation peut être spectaculaire : jusqu’à 15 mm Hg en moins de 24 heures avec des corticoïdes à fortes doses. La plupart des patients ne sont jamais avertis. Les médecins non plus, parfois. Résultat : des pressions artérielles élevées qui persistent pendant des mois, voire des années, avant qu’on ne pense à regarder du côté des traitements en cours.

Quels médicaments sont vraiment à risque ?

Ce n’est pas seulement les médicaments sur ordonnance qui posent problème. Les produits en vente libre sont souvent les coupables les plus discrets. Les NSAID, comme l’ibuprofène (Advil, Motrin), sont les plus courants. Chez les personnes déjà hypertendues, prendre 400 mg d’ibuprofène trois fois par jour peut faire grimper la pression systolique de 5 à 10 mm Hg en seulement deux semaines. Et ce n’est pas une petite élévation : c’est suffisant pour faire basculer quelqu’un dans une catégorie de risque cardiovasculaire plus élevée. Le naproxène (Aleve) est un peu moins impactant, mais il n’est pas inoffensif non plus.

Les corticoïdes, comme la prednisone, sont les plus puissants. À partir de 20 mg par jour pendant plus de quatre semaines, plus de la moitié des patients développent une hypertension. L’effet est rapide : une prise de 80 mg de cortisol peut faire monter la pression de 15 mm Hg en moins d’un jour. C’est une vraie urgence chez les patients atteints de maladies auto-immunes qui doivent les prendre longtemps.

Les antidépresseurs, en particulier les ISNRI comme la venlafaxine (Effexor), sont un autre piège. À des doses supérieures à 150 mg/jour, ils augmentent la pression dans 8 à 15 % des cas. Et comme ils sont souvent pris sur le long terme, l’effet s’accumule. Les décongestionnants à base de pseudoéphédrine ou de phényléphrine - présents dans les traitements contre les rhumes - peuvent faire monter la pression de 5 à 10 mm Hg en une heure, et les effets durent jusqu’à 12 heures. Même les médicaments pour le TDAH, comme la dextroamphétamine, augmentent la pression chez près d’un quart des utilisateurs.

Et puis il y a les méconnus : l’érythropoïétine (Procrit) pour l’anémie, certains traitements du VIH, et même des compléments comme l’hypericum (Saint-John’s Wort). Un patient sur cinq qui prend de l’érythropoïétine voit sa pression monter entre deux et quatre mois après le début du traitement. Et pourtant, peu de médecins pensent à vérifier ces interactions.

Comment ces médicaments élèvent-ils la pression ?

Ce n’est pas un mystère. Chaque classe de médicament agit d’une manière différente, mais toujours en perturbant l’équilibre naturel du corps.

Les NSAID bloquent des enzymes qui aident les reins à éliminer le sodium et à dilater les vaisseaux. Résultat ? Le corps retient plus d’eau et les artères se resserrent. L’ibuprofène réduit le flux sanguin rénal de 15 à 20 % en deux heures. C’est comme si vos reins se mettaient en mode économie d’eau - sauf que ça fait monter la pression.

Les corticoïdes agissent comme des hormones naturelles du corps, mais en excès. Ils forcent les reins à retenir le sodium et à éliminer le potassium. Une dose de 30 mg de prednisone par jour augmente le volume plasmatique de 10 % en trois jours. Plus de liquide dans les vaisseaux = plus de pression.

Les décongestionnants activent les récepteurs alpha dans les parois des artères, les faisant se contracter. La pseudoéphédrine augmente la résistance périphérique de 25 à 30 % en une heure. C’est comme si vos artères se fermaient progressivement, forçant le cœur à pousser plus fort.

Les antidépresseurs comme la venlafaxine augmentent les niveaux de noradrénaline dans le cerveau - ce qui, en bonne santé, aide à la concentration. Mais en excès, cette substance stimule le système nerveux sympathique, accélère le rythme cardiaque et serre les vaisseaux. À 225 mg/jour, les niveaux de noradrénaline peuvent tripler ou quadrupler.

Comment savoir si c’est votre médicament ?

La clé, c’est le timing. Si votre pression artérielle a commencé à monter quelques semaines après avoir commencé un nouveau traitement, c’est un signal d’alerte. Pas besoin d’attendre des symptômes comme les maux de tête ou les étourdissements. Beaucoup de patients n’en ont aucun. La pression monte silencieusement.

Voici ce qu’il faut faire :

  • Prenez votre pression avant de commencer un nouveau médicament. C’est votre baseline.
  • Reprenez-la deux semaines après le début du traitement, puis à quatre et six semaines.
  • Si vous êtes à risque (hypertendu, diabétique, insuffisant rénal), demandez un moniteur ambulatoire de la pression artérielle (MAPA). Il mesure votre pression 24 heures sur 24, y compris la nuit, ce qui donne une image bien plus précise.
  • À la maison, mesurez-vous deux fois par jour pendant sept jours, puis calculez la moyenne des six derniers jours. Ne vous fiez pas à une seule mesure.
  • Si vous prenez des corticoïdes, vérifiez votre pression chaque jour pendant le premier mois, en position assise et debout. Une différence de plus de 20/10 mm Hg entre les deux positions est un signe d’alerte.
Graphique de pression artérielle en hausse brutale avec des médicaments en arrière-plan.

Que faire si c’est un médicament ?

La bonne nouvelle, c’est que dans la plupart des cas, l’hypertension disparaît quand on arrête ou qu’on réduit le médicament responsable.

  • Pour les NSAID : 60 à 70 % des patients retrouvent une pression normale en 2 à 4 semaines après l’arrêt. Remplacez l’ibuprofène par du paracétamol (jusqu’à 3 000 mg/jour) ou du célecoxib, qui n’élève la pression que de 2,4 mm Hg en moyenne.
  • Pour les décongestionnants : passez à des traitements sans pseudoéphédrine. Les sprays nasaux saline ou les antihistaminiques non sédatifs sont souvent suffisants.
  • Pour les corticoïdes : si vous ne pouvez pas les arrêter (maladie auto-immune, transplantation…), votre médecin peut ajouter un bloqueur calcique comme l’amlodipine ou un diurétique thiazidique comme l’hydrochlorothiazide. Ces deux médicaments sont les plus efficaces contre l’hypertension induite par les médicaments. Les bêta-bloquants, eux, sont souvent inefficaces - ils ne ciblent pas la vasoconstriction.
  • Pour les antidépresseurs : si la venlafaxine est la cause, discutez d’un changement vers un ISRS comme la sertraline, qui a un impact beaucoup plus faible sur la pression.

Les gestes simples qui font toute la différence

Même si vous devez continuer à prendre le médicament à l’origine du problème, vous pouvez réduire son impact.

  • Limitez votre sel à moins de 1 500 mg par jour. C’est plus dur qu’il n’y paraît : le pain, les sauces, les plats préparés en contiennent déjà. Lisez les étiquettes.
  • Augmentez votre potassium : 2 500 à 3 500 mg par jour. Bananes, patates douces, épinards, avocats, légumineuses. Le potassium aide les reins à éliminer le sodium.
  • Faites 150 minutes d’activité modérée par semaine : marche rapide, vélo, natation. Cela peut faire baisser la pression de 5 à 8 mm Hg.
  • Évitez l’alcool et le tabac. Ils aggravent tous deux la vasoconstriction.
Personnage combattant des médicaments nocifs avec des aliments sains et un mode de vie équilibré.

Les erreurs courantes - et comment les éviter

La plupart des cas d’hypertension médicamenteuse sont mal diagnostiqués. Pourquoi ?

  • Les patients ne disent pas qu’ils prennent des anti-inflammatoires en vente libre. Ils ne les considèrent pas comme des « médicaments ».
  • Les médecins ne posent pas la question. Une étude montre que seulement 22 % des généralistes interrogent systématiquement leurs patients sur l’usage de NSAID.
  • On attribue la pression élevée à l’âge, au stress, ou à l’obésité, sans chercher la cause médicamenteuse.
  • On ajoute un nouveau médicament pour traiter la pression, sans jamais remettre en question le premier.
La solution ? Une revue complète des médicaments à chaque consultation. Même les compléments, les herbes, les vitamines - tout doit être noté. Un patient sur trois qui a consulté pour une « hypertension résistante » avait simplement deux médicaments qui s’additionnaient : un décongestionnant + un NSAID. Dès l’arrêt des deux, sa pression est revenue à la normale en trois semaines.

Que faire si vous avez des doutes ?

Si vous prenez un médicament depuis quelques semaines et que vous avez remarqué une montée de pression, ne vous auto-diagnostiquez pas. Mais ne l’ignorez pas non plus. Prenez vos mesures à la maison pendant une semaine. Notez les dates, les doses, et les moments où vous avez pris votre traitement. Apportez cette liste à votre médecin. Dites-lui clairement : « J’ai l’impression que mon traitement pourrait affecter ma pression. Pouvez-vous vérifier ? »

Les médecins ne savent pas tout. Mais beaucoup veulent apprendre. Et les outils existent : l’American College of Cardiology a lancé en 2023 une calculatrice en ligne qui évalue le risque d’hypertension en fonction de la liste des médicaments. Les pharmacies en France commencent aussi à proposer des analyses d’interactions médicamenteuses. Ne laissez pas la pression monter en silence.

Quels médicaments en vente libre peuvent augmenter la pression artérielle ?

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (NSAID) comme l’ibuprofène (Advil, Motrin) et le naproxène (Aleve) sont les plus courants. Les décongestionnants à base de pseudoéphédrine ou de phényléphrine, présents dans les traitements contre les rhumes, peuvent aussi faire monter la pression en quelques heures. Même certains compléments, comme l’hypericum (Saint-John’s Wort), sont connus pour cet effet. Il ne faut jamais considérer un produit en vente libre comme « inoffensif » si vous avez une pression élevée.

Est-ce que le paracétamol est sûr pour les personnes hypertendues ?

Oui, le paracétamol (ou acétaminophène) est généralement le meilleur choix pour les personnes hypertendues qui ont besoin d’un analgésique. Il n’affecte pas la pression artérielle de manière significative, contrairement aux NSAID. La dose maximale recommandée est de 3 000 mg par jour. Attention toutefois à ne pas le mélanger à d’autres médicaments contenant déjà du paracétamol, comme les traitements contre la toux ou les rhumes, pour éviter une surdose.

Combien de temps faut-il pour que la pression revienne à la normale après l’arrêt du médicament ?

Cela dépend du médicament. Pour les NSAID et les décongestionnants, la pression revient souvent à la normale en 2 à 4 semaines. Pour les corticoïdes, cela peut prendre jusqu’à 6 à 8 semaines, surtout si la dose était élevée ou si le traitement a duré plusieurs mois. Avec les antidépresseurs, la réduction peut être plus progressive, sur 4 à 12 semaines, selon la dose et la durée d’usage. Il est important de surveiller régulièrement la pression pendant cette période.

Pourquoi les bêta-bloquants ne sont-ils pas recommandés pour traiter l’hypertension médicamenteuse ?

Les bêta-bloquants ralentissent le rythme cardiaque, mais ils n’agissent pas sur la vasoconstriction, qui est la cause principale de l’hypertension induite par les médicaments comme les décongestionnants ou les corticoïdes. Une étude a montré que seulement 45 % des patients répondaient bien aux bêta-bloquants, contre 72 % avec les bloqueurs calciques comme l’amlodipine. Ce sont ces derniers qui ciblent directement le resserrement des vaisseaux, donc ils sont plus efficaces dans ce cas précis.

Faut-il arrêter un médicament prescrit pour une maladie grave si elle cause une hypertension ?

Non, ne l’arrêtez jamais sans consulter votre médecin. Si vous prenez des corticoïdes pour une maladie auto-immune ou un traitement contre le cancer, l’arrêt brutal peut être dangereux. La solution n’est pas d’arrêter le traitement, mais de l’ajuster : réduire la dose si possible, ou ajouter un médicament contre l’hypertension (comme un bloqueur calcique ou un diurétique). Votre médecin peut aussi évaluer si un autre traitement alternatif est possible. L’objectif est de traiter les deux problèmes en même temps.