Comment obtenir des ordonnances à bord d’un navire de croisière : guide pratique

Comment obtenir des ordonnances à bord d’un navire de croisière : guide pratique
15 janvier 2026 0 Commentaires Fabienne Martel

Vous êtes en mer, les vagues vous bercent, et soudain, vous avez mal à la tête, une infection urinaire, ou votre traitement quotidien pour la pression artérielle arrive à son terme. La pharmacie de bord est là, mais que faire exactement ? Beaucoup pensent qu’un navire de croisière est une petite clinique flottante avec tout ce qu’il faut. Ce n’est pas le cas. Les centres médicaux à bord sont des infirmaries, pas des hôpitaux. Ils traitent les urgences légères, stabilisent les situations graves, et ont une pharmacie limitée. Si vous comptez sur eux pour votre traitement chronique, vous risquez d’être déçu.

Que contient vraiment la pharmacie de bord ?

Les médicaments disponibles varient selon la taille du navire, la durée du voyage et le type de passagers. Sur un navire de 3 000 passagers, vous trouverez probablement des antalgiques, des anti-inflammatoires, des antihistaminiques, des comprimés contre les nausées, des antibiotiques courants (comme l’amoxicilline ou la doxycycline), des traitements pour l’estomac, et parfois des médicaments pour le diabète ou la tension. Mais ce n’est pas un catalogue complet. Si vous prenez un traitement spécifique - comme un anticoagulant, un médicament pour l’épilepsie, ou un traitement hormonal - il est très probable qu’il ne soit pas en stock.

Les navires de croisière traditionnels, comme Royal Caribbean ou Carnival, ont entre 50 et 100 médicaments différents en réserve. Les compagnies comme Storylines, qui proposent des croisières résidentielles, ont des pharmacies plus complètes, avec des capacités de préparation sur mesure. Mais même là, les opioïdes sont extrêmement rares et réservés aux cas d’urgence absolue. Vous ne pourrez pas obtenir une ordonnance de morphine parce que votre douleur dorsale vous gêne.

Combien coûte un médicament à bord ?

Les prix ne sont pas affichés, mais les passagers rapportent des coûts bien supérieurs à ceux de chez vous. Un antibiotique qui coûte 10 $ aux États-Unis peut vous coûter entre 25 $ et 40 $ à bord. Une crème pour les brûlures solaires, un comprimé contre les vertiges, ou une injection pour une infection urinaire peuvent facilement atteindre 50 $ à 80 $. Ce n’est pas un vol : c’est la logistique. Transporter, stocker, et gérer des médicaments en mer, avec des températures contrôlées et des normes strictes, est coûteux.

Le seul avantage ? Les médicaments pour les nausées liées au mal de mer sont souvent gratuits et disponibles 24 heures sur 24. C’est l’un des rares services vraiment bien organisés. Mais pour tout le reste, préparez-vous à payer cher - ou mieux, à ne pas en avoir besoin.

Les règles incontournables avant de monter à bord

Voici ce que vous devez absolument faire avant de quitter la terre ferme :

  1. Apportez tous vos médicaments en bouteilles d’origine. Les agents de sécurité à l’embarquement peuvent refuser les flacons non étiquetés. Même si vous avez un certificat médical, sans étiquette, ils ne pourront pas vérifier ce que c’est.
  2. Assurez-vous que le nom sur les bouteilles correspond à celui de votre passeport. C’est obligatoire pour les voyages internationaux. Si votre nom est écrit différemment, vous risquez d’être bloqué ou d’être obligé de jeter vos médicaments.
  3. Apportez au moins 5 jours de médicaments en plus de votre voyage. Les itinéraires changent. Un port peut être annulé. Un navire peut être retenu en mer à cause de la météo. Si vous n’avez pas de réserve, vous serez coincé.
  4. Rangez vos médicaments dans votre bagage à main. Si votre valise est perdue, vous ne perdrez pas vos traitements. C’est la règle numéro un des voyageurs expérimentés.
  5. Apportez une liste écrite de vos médicaments. Notez le nom, la dose, la fréquence, et le nom du médecin. Cela aide le médecin à bord si vous avez un problème.

Si vous utilisez un appareil comme un CPAP pour le sommeil, vérifiez si vous avez besoin d’eau distillée ou d’une rallonge. Storylines demande explicitement de le préparer à l’avance. Même si vous ne voyagez pas avec eux, c’est un bon exemple : pensez à tout ce qui peut tomber en panne.

Main posant des boîtes de médicaments d’origine dans un bagage à main avec un passeport et un appareil CPAP.

Et si vous avez besoin d’une ordonnance à bord ?

Si vous tombez malade et que vous avez besoin d’un nouveau traitement, le médecin à bord peut vous en prescrire un - mais seulement s’il est dans les stocks. Il ne peut pas commander un médicament comme vous le feriez chez vous. Il doit le trouver dans la pharmacie du navire. Si ce n’est pas là, il ne peut rien faire.

Vous avez besoin d’un traitement pour l’acné ? Pas de problème. Vous avez besoin d’un traitement contre l’hyperthyroïdie ? Très peu probable. Vous avez besoin d’un médicament pour la sclérose en plaques ? Impossible. Les médecins à bord sont des généralistes. Ils ne sont pas spécialistes. Ils ne peuvent pas gérer des traitements complexes.

Les compagnies comme Royal Caribbean ont commencé à proposer des consultations télémédicales avec des spécialistes à terre. C’est une avancée, mais ça ne change rien : vous ne recevrez pas le médicament plus vite. Vous aurez juste un avis. Le médicament, lui, reste introuvable.

Les erreurs les plus fréquentes des passagers

Les statistiques sont claires : 78 % des passagers qui ont suivi les règles de base n’ont eu aucun problème. Les 22 % restants ont fait l’une de ces erreurs :

  • Apporter des médicaments dans des boîtes en plastique sans étiquette
  • Ne pas apporter assez de doses pour les retards
  • Attendre d’être malade pour chercher à obtenir un traitement
  • Croire que le médecin peut « commander » un médicament
  • Ne pas vérifier si leur traitement est autorisé dans les pays visités

Un passager sur Reddit a raconté qu’il a perdu sa dose de pression artérielle après 7 jours sur un voyage de 14 jours. La pharmacie de bord ne l’avait pas. Le port suivant était fermé à cause d’une tempête. Il a dû se contenter de demi-doses pendant deux jours. C’est un risque évitable.

Les cas particuliers : diabète, allergies, traitements complexes

Si vous êtes diabétique, apportez votre insuline, vos stylos, vos bandelettes, et une lettre signée de votre médecin. Certains pays interdisent l’insuline sans justificatif. La lettre doit mentionner votre diagnostic et la dose. Même chose pour les traitements contre les allergies sévères : gardez votre auto-injecteur d’adrénaline avec vous, et apportez une copie de l’ordonnance.

Les traitements psychiatriques (antidépresseurs, anxiolytiques) sont souvent absents des stocks. Si vous en prenez, vous devez les apporter en quantité suffisante. Les médecins à bord ne peuvent pas vous en prescrire de nouveaux.

Les traitements pour la douleur chronique, les maladies auto-immunes, ou les troubles neurologiques sont presque toujours impossibles à obtenir à bord. Il n’y a pas de solution miracle. La seule stratégie : être autonome.

Passager regardant un port lointain depuis une fenêtre de navire, tenant une bouteille vide et une lettre médicale sous la pluie.

Comment éviter les mauvaises surprises ?

Avant de réserver votre croisière, contactez le service client de la compagnie. Posez ces questions :

  • Quels médicaments avez-vous en stock ?
  • Pouvez-vous me dire si vous avez [nom du médicament] ?
  • Quelle est la procédure pour obtenir une ordonnance à bord ?
  • Y a-t-il une possibilité de téléconsultation avec un spécialiste ?

Ne vous fiez pas aux sites web. Les réponses sont souvent vagues. Posez la question par e-mail ou par téléphone. Écrivez-le. Si vous obtenez une réponse écrite, gardez-la. C’est votre preuve.

Et surtout, ne comptez pas sur la pharmacie de bord pour vous sauver. Elle est là pour les urgences, pas pour votre traitement quotidien. Votre responsabilité, c’est d’être préparé.

Et si vous oubliez quelque chose ?

Si vous avez oublié un médicament et que vous êtes en mer, vous avez trois options :

  1. Demander au médecin s’il a un équivalent dans les stocks.
  2. Attendre le prochain port et aller dans une pharmacie locale.
  3. Prendre une pause temporaire (si votre traitement le permet).

La première option est la plus fiable. La deuxième est risquée : les pharmacies portuaires peuvent être fermées, peu fiables, ou vendre des contrefaçons. La troisième n’est pas toujours possible. Pour les traitements comme les antihypertenseurs ou les anticoagulants, sauter une dose peut être dangereux.

La seule solution durable ? Ne rien oublier.

Les nouvelles tendances : vers une meilleure prise en charge ?

Les compagnies de croisière investissent de plus en plus dans la santé. Certaines proposent maintenant des téléconsultations avec des médecins à terre. D’autres, comme Storylines, développent des pharmacies avancées pour les résidents à long terme. Mais ces évolutions restent marginales. La majorité des navires n’ont pas les moyens, ni la réglementation, pour offrir des services complets.

Le cadre réglementaire international (OMI, ACEP) exige que les navires aient des médicaments de base pour les urgences. Rien de plus. La tendance est à la stabilisation, pas à la gestion chronique. Ce n’est pas un hôpital. Ce n’est pas une pharmacie. C’est une infirmerie. Et vous devez agir en conséquence.

La croisière est un voyage. Pas un remplacement de votre système de santé. Préparez-vous comme si vous partiez en expédition. Parce que c’est exactement ce que c’est.

Puis-je obtenir une ordonnance pour un médicament que je prends à la maison à bord d’un navire de croisière ?

Oui, mais seulement si le médicament est déjà en stock dans la pharmacie du navire. Les médecins à bord ne peuvent pas commander de nouveaux médicaments. Ils ne disposent que d’une liste limitée de traitements, généralement pour les affections courantes comme les infections, les nausées ou les douleurs légères. Si votre traitement est spécialisé (diabète, hypertension, maladie auto-immune, etc.), il est très probable qu’il ne soit pas disponible. Il est donc essentiel de venir avec votre propre stock.

Combien de jours de médicaments dois-je apporter pour une croisière ?

Apportez au moins 5 jours de médicaments en plus de la durée de votre voyage. Les itinéraires peuvent changer à cause de la météo, des problèmes techniques, ou des fermetures de ports. Si vous n’avez pas de réserve, vous risquez de vous retrouver sans traitement pendant plusieurs jours. Pour les voyages de plus de 14 jours, prévoyez un approvisionnement de 90 jours, surtout si vous prenez des traitements chroniques.

Pourquoi les médicaments à bord sont-ils si chers ?

Les coûts sont élevés à cause de la logistique : stockage à température contrôlée, transport maritime, normes sanitaires strictes, et faible volume de vente. Un antibiotique qui coûte 10 $ chez vous peut coûter 25 à 40 $ à bord. Ce n’est pas une fraude, c’est la réalité du fonctionnement en mer. Les compagnies ne font pas de bénéfices exorbitants - elles couvrent simplement les coûts d’exploitation. Mais cela reste plus cher que d’acheter sur terre.

Puis-je apporter des médicaments dans des boîtes en plastique sans étiquette ?

Non. Les agents de sécurité à l’embarquement peuvent refuser les médicaments sans étiquette d’origine. Ils doivent pouvoir identifier clairement le nom du médicament, la dose, et le nom du patient. Même si vous avez une ordonnance ou un certificat médical, sans étiquette, vous risquez de devoir jeter vos médicaments. Toujours conserver les médicaments dans leurs emballages d’origine.

Les médecins à bord peuvent-ils prescrire des opioïdes ou des médicaments pour la douleur intense ?

Très rarement. Les opioïdes sont strictement limités à bord, même sur les navires les mieux équipés. Ils ne sont disponibles que pour des cas d’urgence absolue, comme après une chirurgie d’urgence ou un traumatisme grave. Ils ne sont pas prescrits pour la douleur chronique, les maux de dos, ou les migraines. Si vous avez besoin de ce type de traitement, vous devez l’apporter avec vous, dans les limites légales de votre pays.

Que faire si je dois changer de médicament pendant la croisière ?

Si vous avez besoin d’un changement de traitement, le médecin à bord peut vous prescrire un équivalent s’il est disponible dans la pharmacie. Sinon, vous devrez attendre d’atteindre un port pour consulter une pharmacie locale ou un médecin à terre. Il n’existe pas de solution rapide. C’est pourquoi il est crucial de ne pas attendre d’être malade pour planifier vos traitements. Vérifiez à l’avance si votre traitement est compatible avec les stocks à bord.