En 2025, les États-Unis font face à l’une des pires crises de pénuries de médicaments de leur histoire. Plus de 287 médicaments sont en rupture de stock, dont 47 % sont essentiels pour sauver des vies - des antibiotiques, des anesthésiques, des traitements contre le cancer. Et pourtant, le Congrès américain, loin de réagir avec urgence, est bloqué dans une grève gouvernementale sans précédent. Depuis le 1er octobre, aucune agence fédérale ne fonctionne normalement. Pas de FDA. Pas de personnel pour surveiller les chaînes d’approvisionnement. Pas de mise à jour du portail des pénuries. Les hôpitaux, eux, sont en mode crise : 98 % ont connu au moins une rupture critique de médicament au troisième trimestre 2025, selon l’American Hospital Association.
La loi S.2665 : une réponse technique, mais bloquée
Le S.2665, ou Drug Shortage Prevention Act of 2025, est la proposition la plus concrète du Sénat pour lutter contre ce fléau. Elle oblige les fabricants de médicaments à notifier la FDA dès qu’ils anticipent une augmentation soudaine de la demande pour un médicament critique. L’idée est simple : si l’agence sait à l’avance qu’un médicament va manquer, elle peut alerter les hôpitaux, détourner les stocks, ou accélérer les autorisations d’importation. Mais cette loi, introduite le 1er août 2025 par la sénatrice Amy Klobuchar, n’a jamais dépassé le comité de la Santé, de l’Éducation et du Travail. Pourquoi ? Parce que la FDA, l’agence chargée de l’appliquer, est fermée. Personne ne peut recevoir les notifications. Personne ne peut vérifier les données. Personne ne peut agir.
Le problème ? Le texte ne précise pas quels médicaments sont considérés comme « critiques », ni quelles sanctions encourront les entreprises qui ne déclareront pas. Il ne dit pas non plus combien d’argent il faudra pour faire fonctionner ce nouveau système. Le Congressional Budget Office estime qu’il faudrait 45 millions de dollars par an - une somme qui n’est même pas sur la table, alors que le déficit fédéral a atteint 1,74 trillion de dollars en un an. Et pendant ce temps, les fabricants de médicaments génériques, responsables de 63 % des ruptures selon l’Association for Accessible Medicines, continuent de reporter la production pour des raisons de rentabilité ou de problèmes techniques.
H.R.1160 : une autre loi, un mystère
En parallèle, la Chambre des représentants a présenté H.R.1160, la Health Care Provider Shortage Minimization Act of 2025. Son titre suggère qu’elle vise à réduire la pénurie de professionnels de santé - un autre fléau. En 2025, 122 millions d’Américains vivent dans des zones où il n’y a pas assez de médecins de soins primaires. D’ici 2034, le pays manquera de 124 000 médecins, selon l’American Association of Medical Colleges. Mais ici, le mystère est total. Aucun texte officiel n’est publié. Aucun sénateur n’a été désigné comme auteur. Aucun comité n’a été assigné. Les bases de données du Congrès ne contiennent que le numéro et le titre. Pas de détails. Pas de propositions. Pas de financement.
Les professionnels de santé n’ont pas été informés. Seuls 12 % des médecins interrogés par l’American Medical Association en septembre 2025 savaient même que cette loi existait. Pourtant, 87 % d’entre eux affirment que les pénuries de personnel affectent directement les soins aux patients. Une loi qui ne parle à personne ne peut pas changer grand-chose. Et dans un contexte où le Congrès est plus occupé à débattre de la possibilité pour les sénateurs de poursuivre en justice pour des enregistrements téléphoniques que de sauver des vies, H.R.1160 ressemble davantage à un signal politique qu’à une solution réelle.
Le blocage du gouvernement : le vrai obstacle
La grève gouvernementale, la plus longue de l’histoire américaine, est le véritable frein. 800 000 employés fédéraux sont en congé forcé. Les agents de la FDA, chargés de surveiller les stocks, de vérifier les usines et de coordonner les réponses aux pénuries, ne travaillent plus. Le portail des pénuries, qui devrait être la source principale d’information pour les hôpitaux, est lent, obsolète, et n’est plus mis à jour. Les équipes qui auraient dû analyser S.2665 et préparer son application sont en arrêt. Les experts du Congressional Research Service ne peuvent pas publier leurs rapports. Les organisations comme le Committee for a Responsible Federal Budget ne peuvent pas évaluer les coûts.
Le 10 novembre, les républicains du Sénat ont proposé une résolution pour prolonger le financement du gouvernement jusqu’au 30 janvier 2026. Mais cette proposition ne contient aucune mention des pénuries de médicaments, ni du personnel médical. Elle ne prévoit pas un centime pour la FDA. Elle ne parle même pas de la santé publique. C’est un budget pour garder les lumières allumées, pas pour sauver des vies.
Les conséquences sur le terrain
Les hôpitaux ne peuvent plus compter sur les systèmes fédéraux. Certains ont commencé à acheter des médicaments sur des marchés parallèles. D’autres ont dû remplacer des traitements éprouvés par des alternatives moins efficaces, parfois plus toxiques. Une infirmière à Philadelphie a raconté à Politico qu’elle a dû administrer un anticoagulant d’origine indienne à un patient atteint d’un caillot sanguin - un médicament non homologué aux États-Unis, mais disponible en urgence grâce à un fournisseur privé. « Ce n’est pas de la médecine. C’est de la survie », a-t-elle dit.
Les patients atteints de cancer, de maladies chroniques ou d’infections graves sont les plus touchés. Les traitements qui doivent être administrés à des dates précises sont retardés. Les chimiothérapies sont réduites. Les antibiotiques sont remplacés par des versions plus chères, parfois inaccessibles pour les patients sans assurance. Les familles paient plus. Les décès augmentent. Et pourtant, les médias mainstream parlent peu de tout cela. Le Congrès, lui, préfère se concentrer sur des débats politiques qui ne concernent que quelques élus.
Que peut-on attendre maintenant ?
À moins que le Congrès ne trouve un accord avant le 30 novembre 2025, la grève continuera. Et si elle dure jusqu’en janvier 2026, les deux lois - S.2665 et H.R.1160 - expireront automatiquement avec la fin de la 119e législature. Elles devront être réécrites, réintroduites, et repassées par tous les comités. Cela prendra au moins un an. En attendant, les pénuries continueront. Les hôpitaux continueront à faire des choix impossibles. Les patients continueront à payer le prix fort.
Les solutions existent : des systèmes de notification obligatoires, des incitations pour les fabricants de génériques, des programmes de formation accélérée pour les infirmières et les médecins. Mais elles ne marcheront que si le gouvernement fonctionne. Et pour l’instant, il ne fonctionne pas.
Pourquoi les lois sur les pénuries de médicaments ne progressent-elles pas au Congrès ?
Les lois comme S.2665 et H.R.1160 sont bloquées parce que le gouvernement fédéral est en grève depuis octobre 2025. Toutes les agences fédérales, y compris la FDA, sont fermées. Aucun personnel ne peut étudier, réviser ou appliquer ces lois. De plus, le Congrès est concentré sur des débats budgétaires et politiques, pas sur la santé publique. Sans financement ni fonctionnement administratif, même les meilleures lois restent du papier.
Quels médicaments sont les plus touchés par les pénuries ?
Les médicaments les plus critiques sont les anesthésiques comme le propofol, les antibiotiques comme la colistine, les traitements contre le cancer comme le doxorubicine, et les médicaments pour les maladies rares comme le fludarabine. En septembre 2025, 47 % des 287 médicaments en rupture de stock étaient classés comme « critiques » par la FDA - c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’alternative efficace. La plupart sont des génériques peu rentables, fabriqués à l’étranger, et dont la production est facilement interrompue.
Les fabricants de médicaments sont-ils responsables des pénuries ?
Oui, dans une large mesure. Selon l’Association for Accessible Medicines, 63 % des ruptures sont dues à des retards de fabrication, souvent causés par des problèmes de qualité, des fermetures d’usines, ou des choix économiques. Les fabricants privilégient les médicaments rentables et laissent de côté les génériques coûteux à produire. La loi S.2665 vise à les obliger à prévenir la FDA, mais sans sanctions claires, elle risque de rester inefficace.
Quel impact a la pénurie de personnel médical sur les pénuries de médicaments ?
La pénurie de médecins et d’infirmières rend la gestion des pénuries encore plus difficile. Avec moins de professionnels, les hôpitaux ont moins de capacité à adapter les traitements, à surveiller les stocks, ou à communiquer avec les patients. En 2025, 122 millions d’Américains vivent dans des zones où il n’y a pas assez de soins primaires. Quand un médicament manque, il n’y a pas toujours de médecin pour trouver une alternative. C’est un cercle vicieux.
Existe-t-il des solutions alternatives en attendant une loi ?
Certains hôpitaux et pharmacies ont créé des réseaux régionaux pour partager les stocks. D’autres ont recours à des fournisseurs internationaux non officiels - ce qui est risqué. Des associations comme l’American Society of Health-System Pharmacists ont développé des listes de priorisation pour les traitements critiques. Mais ce sont des solutions temporaires. Aucune ne remplace un système fédéral fiable, coordonné et financé. Sans action du Congrès, les pénuries ne feront que s’aggraver.
Emmanuelle Svartz
novembre 17, 2025 AT 17:34C’est fou comment tout le monde se plaint mais personne fait rien. Les politiques sont juste là pour faire du spectacle.
Isabelle B
novembre 18, 2025 AT 14:43La France n’aurait jamais laissé ça arriver. Ici, on priorise la santé publique, pas les profits des multinationales. Les Américains ont juste choisi le capitalisme sauvage.
Jean-françois Ruellou
novembre 19, 2025 AT 17:58Le S.2665 est une bonne base mais sans fonds ni exécution, c’est du vent. La FDA doit être rétablie URGEMMENT, et les fabricants doivent payer des amendes massives quand ils cachent les ruptures. Point. Pas de négociation. Pas de débats. Juste de la responsabilité. Sinon, on continue de tuer des gens avec des paperasses.
Catherine dilbert
novembre 21, 2025 AT 13:17J’espère que les gens vont se réveiller avant que ça devienne une crise humanitaire. C’est pas juste une question de médicaments, c’est une question de valeur. On valorise quoi en fait ? Les dividendes ou les vies ?
Helene Van
novembre 22, 2025 AT 13:48La démocratie fonctionne quand les institutions fonctionnent. Quand elles s’arrêtent, c’est pas un blocage, c’est un effondrement.
Thomas Sarrasin
novembre 22, 2025 AT 21:41Je trouve ça triste que les solutions existent mais qu’on les bloque par inaction. C’est comme avoir un extincteur dans une maison en feu et ne pas le toucher parce que la clé est perdue.
Arnaud HUMBERT
novembre 23, 2025 AT 10:41Je suis français et je vois ce qui se passe là-bas avec un mélange de tristesse et d’inquiétude. Chez nous, même si c’est pas parfait, au moins on a un système qui bouge. Là, c’est l’arrêt total. C’est inadmissible.
Teresa Jane Wouters
novembre 24, 2025 AT 14:26Et si c’était tout un plan ? Et si les pénuries étaient orchestrées pour pousser les gens vers la médecine privée et les assurances premium ? Les mêmes qui contrôlent les laboratoires contrôlent aussi les médias et le Congrès. H.R.1160 ? Un mirage pour masquer le vrai but : rendre la santé inabordable pour les pauvres. Tu crois que c’est un hasard si les génériques sont les plus touchés ?
Lou St George
novembre 25, 2025 AT 05:35bonjour j'ai lu l'article mais je pense que c'est juste un truc pour faire peur genre les medias disent toujours que c'est pire que la guerre et en vrai c'est juste une pénurie normale dans un système qui a des défauts mais bon les gens veulent des drames c'est ça le problème
Francine Alianna
novembre 26, 2025 AT 10:24Je ne suis pas d’accord avec le ton alarmiste, mais je vois ce que tu veux dire. La réalité, c’est que les hôpitaux sont en mode survie depuis des mois. J’ai un cousin infirmier à Houston. Il m’a dit qu’ils utilisent des médicaments périmés de 3 mois parce qu’il n’y en a plus d’autres. Personne ne parle de ça. C’est pas de la théorie, c’est de la vie réelle. Et les gens qui disent que c’est exagéré n’ont jamais vu un patient mourir parce qu’on n’avait pas l’antibiotique bon.
Lou Bowers
novembre 27, 2025 AT 01:40Je suis infirmière, et je peux te dire que chaque jour, on doit choisir entre donner un traitement risqué ou ne rien faire. Les familles pleurent dans les couloirs. On n’a pas le droit de dire non. On n’a pas le droit de dire qu’on n’a pas les moyens. On fait avec ce qu’on a. Et le pire ? C’est que personne ne nous écoute. On est des robots. On ne compte pas.
Nd Diop
novembre 28, 2025 AT 04:53Je viens du Sénégal, où on a toujours eu des pénuries de médicaments. Mais ici, au moins, on a les moyens de les résoudre. Le problème, c’est le manque de volonté politique. Chez nous, on s’arrange avec ce qu’on a. Chez vous, vous avez tout… et vous laissez tout s’effondrer. C’est plus triste que n’importe quelle pénurie.
Gert-jan Dikkescheij
novembre 29, 2025 AT 10:42Je pense qu’on sous-estime le rôle des chaînes d’approvisionnement mondiales. La plupart des génériques viennent d’Inde ou de Chine. Quand une usine ferme là-bas, ça fait un trou dans tout le système. La FDA n’est pas la seule responsable. C’est un problème global. Mais oui, sans coordination, ça devient un cauchemar. Il faudrait un système international de stockage stratégique, pas juste une loi américaine qui attend qu’un bureaucrate ouvre un email.
Julien Weltz
novembre 30, 2025 AT 08:45Les gens veulent des solutions rapides mais ils ne veulent pas payer pour. C’est ça le vrai problème. On veut des médicaments à 1 dollar, mais on refuse de financer les usines. On veut des médecins partout, mais on refuse de les payer correctement. On veut tout, mais on refuse de donner. C’est de l’égoïsme collectif. Et ça tue.
Margaux Bontek
décembre 2, 2025 AT 04:31Je travaille dans une ONG qui aide les hôpitaux en Afrique. On voit chaque jour comment les pays pauvres s’organisent avec très peu. Ici, vous avez tout : des chercheurs, des usines, des lois, des données. Et vous vous laissez paralyser par une grève. Ce n’est pas une crise de médicaments. C’est une crise de morale.