Pterygium : exposition au soleil, croissance et options chirurgicales

Pterygium : exposition au soleil, croissance et options chirurgicales
23 mars 2026 0 Commentaires Fabienne Martel

Le ptérygium est une croissance bénigne de la conjonctive, cette membrane transparente qui recouvre la partie blanche de l’œil. Elle s’étend progressivement sur la cornée, comme une aile de papillon - d’où son nom, issu du grec pterygion, qui signifie « petite aile ». Ce n’est pas un cancer, mais il peut gêner la vue et rendre le port de lentilles impossibles. Ce n’est pas rare : dans les régions proches de l’équateur, jusqu’à 23 % des adultes en Australie en sont affectés. En France, les cas sont moins fréquents, mais ils augmentent avec les voyages en zones tropicales et les activités en plein air.

Comment le pterygium se développe-t-il ?

La cause principale, c’est l’exposition prolongée aux rayons ultraviolets (UV). Les chercheurs ont montré qu’une exposition cumulée dépassant 15 000 joules par mètre carré augmente le risque de pterygium de 78 %. Ce n’est pas une question de quelques heures au soleil : c’est le total de vos années passées sans protection. Les pêcheurs, les surfeurs, les agriculteurs, les jardiniers ou même les randonneurs en montagne sont plus à risque. Les personnes vivant à moins de 30 degrés de l’équateur ont un risque 2,3 fois plus élevé que celles vivant plus au nord ou au sud.

Le pterygium commence généralement du côté du nez, sur la partie blanche de l’œil. Il est souvent rose, avec de petits vaisseaux sanguins visibles. Au début, il ne gêne que légèrement : œil rouge, sensation de sable sous la paupière. Mais s’il continue à pousser, il peut recouvrir la cornée. Quand il atteint la pupille, il déforme la surface de l’œil, ce qui provoque un astigmatisme et une vision floue. Certains cas progressent très lentement - 0,5 à 2 mm par an - d’autres restent stables pendant des décennies.

Environ 60 % des personnes touchées ont le pterygium dans les deux yeux. C’est plus fréquent chez les hommes : le ratio homme/femme est de 3 pour 2, probablement à cause d’une exposition professionnelle plus intense. Il ne faut pas le confondre avec la pinguecula, une autre croissance bénigne. La pinguecula reste sur la conjonctive, elle ne touche jamais la cornée. Le pterygium, lui, franchit cette limite - et c’est ce qui le rend problématique.

Comment est-il diagnostiqué ?

Le diagnostic est simple : un ophtalmologiste utilise une lampe à fente, un appareil qui agrandit l’œil de 10 à 40 fois. Il voit directement la forme triangulaire, la texture du tissu, la couleur des vaisseaux, et jusqu’où la croissance s’étend sur la cornée. Aucune analyse sanguine, aucune imagerie n’est nécessaire. C’est une observation visuelle, précise et rapide. Il n’y a pas de test pour prédire si un pterygium va grossir - seulement l’observation dans le temps.

Le problème, c’est que beaucoup de gens ignorent les premiers signes. Ils pensent que c’est juste une conjonctivite chronique. Ils n’ont pas mal, alors ils n’agissent pas. Mais sans suivi, le pterygium peut continuer à croître en silence. C’est pourquoi, si vous passez beaucoup de temps dehors, un examen annuel des yeux est indispensable.

Un ophtalmologiste examine un œil avec une lampe à fente, révélant une croissance triangulaire sur la cornée.

Comment le prévenir ?

La meilleure stratégie, c’est la prévention. Et elle est simple : protégez vos yeux. Pas seulement quand il fait très chaud, mais chaque jour. Les rayons UV traversent les nuages. Ils se réfléchissent sur la neige, l’eau, le sable. La lumière du soleil en altitude est plus intense. Même en hiver, en montagne, le risque existe.

Les lunettes de soleil doivent bloquer 99 à 100 % des UVA et UVB. Vérifiez la norme ANSI Z80.3-2020 sur l’étiquette. Les lunettes de qualité, même bon marché, peuvent être efficaces. Ce qui compte, c’est la couverture : des lunettes larges, avec des branches latérales, empêchent la lumière d’entrer par les côtés. Un chapeau à larges bords réduit l’exposition de 50 %.

Des études montrent que les personnes qui portent des lunettes de soleil quotidiennement ont une croissance arrêtée ou ralentie. Un utilisateur de Reddit, « OutdoorPhotog », a partagé que ses deux examens annuels ont confirmé l’arrêt de la progression après qu’il a commencé à porter des lunettes certifiées. Ce n’est pas une exception : c’est la règle.

Quand faut-il envisager la chirurgie ?

La chirurgie n’est pas toujours nécessaire. Si le pterygium ne gêne pas la vue, ne cause pas d’irritation persistante ou ne rend pas le port de lentilles impossible, on peut juste surveiller. Mais si la croissance s’approche de la pupille, ou si vous avez une vision floue, une intervention est recommandée.

Il existe plusieurs techniques chirurgicales. La plus courante est l’excision simple, où le tissu est retiré. Mais sans traitement supplémentaire, il revient dans 30 à 40 % des cas. C’est trop. Pour éviter cela, les chirurgiens utilisent deux méthodes efficaces : l’application de mitomycine C pendant l’intervention, ou la greffe de conjonctive autologue.

La mitomycine C est un médicament qui empêche la repousse du tissu. Appliquée directement sur la zone après l’excision, elle réduit les récidives à 5-10 %. C’est devenu la norme dans les hôpitaux modernes. La greffe de conjonctive, elle, consiste à prélever un petit morceau de conjonctive saine (souvent du même œil) et à le placer à l’endroit où le pterygium a été retiré. Cela réduit les récidives à seulement 8,7 %. C’est la technique la plus efficace, mais elle demande plus de temps et de compétence.

En juin 2023, la Société européenne des chirurgiens du cristallin a recommandé la transplantation de membrane amniotique comme première option pour les cas récurrents. Cette technique utilise un tissu provenant du placenta, qui réduit l’inflammation et favorise la régénération. Les résultats montrent 92 % de réussite sans récidive après deux ans.

Une nouvelle avancée, encore en essai, est l’application topique de rapamycine. Ce médicament, utilisé en transplantation, inhibe la prolifération des cellules qui causent la croissance. Les premiers résultats, publiés en 2023, montrent une réduction de 67 % des récidives. Ce n’est pas encore disponible partout, mais ça le sera dans les prochaines années.

Un patient guéri regarde dans un miroir, ses lunettes UV aux oreilles, une cicatrice fine comme une plume sur l’œil.

Que vivent les patients après la chirurgie ?

La chirurgie dure environ 35 minutes, sous anesthésie locale. Vous êtes éveillé, mais vous ne sentez rien. La récupération est rapide : la plupart des gens reprennent leurs activités normales en 3 à 5 jours. Mais le processus de guérison complet prend des semaines.

Les patients rapportent souvent une amélioration immédiate de la vision. 65 % disent que leur vue est plus nette dès les premiers jours. 87 % des avis sur les plateformes de santé mentionnent une disparition totale de la sensation de sable ou de brûlure. Mais il y a des inconvénients : 42 % des patients ont eu des douleurs ou une gêne pendant 2 à 3 semaines. 37 % ont été gênés par la rougeur persistante de l’œil pendant la guérison.

Le plus difficile, pour beaucoup, c’est la routine des gouttes. Les corticoïdes ou les antibiotiques doivent être appliqués plusieurs fois par jour pendant 4 à 6 semaines. Un patient a écrit sur RealSelf : « L’opération a été facile. Les gouttes, c’était le cauchemar. »

La récidive reste le principal souci. Même avec la meilleure technique, 1 sur 10 retrouve un pterygium. C’est pourquoi la prévention après la chirurgie est aussi importante que pendant. Continuez à porter des lunettes UV. Évitez les expositions prolongées. Faites des contrôles annuels.

Les nouvelles options et l’avenir

En mars 2023, la FDA a approuvé OcuGel Plus, une larme artificielle sans conservateur, spécialement conçue pour les yeux après chirurgie du pterygium. Elle apaise 32 % mieux que les larmes classiques. C’est un petit progrès, mais important pour le confort.

Le marché mondial des traitements du pterygium vaut 1,27 milliard de dollars en 2023, et il devrait atteindre 1,89 milliard d’ici 2028. L’augmentation vient de la demande croissante, surtout dans les pays en développement où l’exposition au soleil est intense et l’accès aux soins limité. Dans les zones rurales, seulement 12 % des patients ont accès à une chirurgie, contre 89 % dans les villes des pays développés.

À l’avenir, les chirurgiens s’orientent vers des techniques moins invasives. 78 % d’entre eux prévoient d’utiliser des lasers pour retirer le pterygium d’ici 2027. Les lasers permettent une précision extrême, moins de saignements, et une cicatrisation plus rapide.

Le pterygium n’est pas une maladie grave, mais il est un avertissement. Il vous dit : vous avez trop été exposé au soleil. Il est temps de protéger vos yeux - avant qu’il ne soit trop tard.

Le pterygium peut-il causer une perte de vision permanente ?

Non, le pterygium ne cause pas de perte de vision permanente s’il est traité à temps. Mais s’il grossit suffisamment pour recouvrir la pupille, il peut déformer la cornée et provoquer un astigmatisme, ce qui rend la vision floue. Une chirurgie rapide restaure la vision normale. Si on laisse la croissance progresser sans traitement, elle peut endommager la cornée de façon irréversible, mais c’est rare.

Les lunettes de soleil ordinaires suffisent-elles pour prévenir le pterygium ?

Pas toujours. Les lunettes de soleil ordinaires sans certification UV peuvent laisser passer jusqu’à 50 % des rayons nocifs. Pour être efficaces, elles doivent bloquer 99 à 100 % des UVA et UVB, comme le demande la norme ANSI Z80.3-2020. Cherchez l’étiquette. Des lunettes de qualité, même à petit prix, existent. Ce qui compte, c’est la protection, pas la marque.

La chirurgie du pterygium est-elle douloureuse ?

La chirurgie elle-même ne fait pas mal : elle se fait sous anesthésie locale. Vous sentez une pression, mais pas de douleur. Après, pendant 2 à 3 semaines, il peut y avoir une sensation de brûlure, de sable ou de gêne. C’est normal. Les gouttes prescrites réduisent cette gêne. La plupart des patients disent que la douleur est supportable, surtout comparée à l’inconfort d’avoir un pterygium qui grossit.

Pourquoi le pterygium revient-il après une chirurgie ?

Le pterygium revient parce que les cellules responsables de sa croissance ne sont pas complètement éliminées. Même après l’excision, certaines cellules survivent et peuvent se réactiver, surtout si vous continuez à être exposé au soleil sans protection. C’est pourquoi la mitomycine C ou la greffe de conjonctive sont utilisées : elles tuent ou remplacent ces cellules. Sans ces techniques, la récidive est fréquente.

Le pterygium est-il héréditaire ?

Les études sont partagées. Certains chercheurs pensent qu’il y a un facteur génétique : les personnes ayant un parent atteint ont 40 % plus de risques. Mais la majorité des experts estiment que l’exposition au soleil est la cause principale - jusqu’à 85 % des cas. Même si vous avez un antécédent familial, le risque peut être évité en portant des lunettes UV tous les jours. La génétique joue un rôle, mais l’environnement décide.