Traitement de la cholangite biliaire primitive : Les options thérapeutiques en 2025

Traitement de la cholangite biliaire primitive : Les options thérapeutiques en 2025
31 décembre 2025 13 Commentaires Fabienne Martel

La cholangite biliaire primitive (CBP), autrefois appelée cholangite biliaire chronique, est une maladie auto-immune rare qui détruit progressivement les petits canaux biliaires du foie. Elle touche principalement les femmes entre 30 et 65 ans, avec un ratio femme-homme de 9 contre 1. En 2025, on estime qu’elle affecte entre 19 et 40 personnes pour 100 000 habitants dans le monde. Ce n’est pas une maladie courante, mais elle est grave : sans traitement, elle peut mener à la cirrhose et à l’insuffisance hépatique. Ce qui la rend particulièrement difficile, c’est qu’elle évolue lentement - souvent sans symptômes pendant des années - ce qui retarde le diagnostic. Pourtant, les options de traitement ont radicalement changé en 2024-2025, avec l’arrivée de nouveaux médicaments et le retrait d’un ancien traitement clé.

Comment la cholangite biliaire primitive se développe-t-elle ?

La CBP n’est pas causée par une infection ou une consommation d’alcool. Elle résulte d’une erreur du système immunitaire : les cellules de défense attaquent les cellules des canaux biliaires internes du foie, en particulier celles qui contiennent une protéine appelée PDC-E2. Cette attaque provoque une inflammation chronique, puis une destruction des canaux. Lorsque les canaux sont endommagés, la bile ne peut plus s’écouler correctement. Elle s’accumule dans le foie, ce qui endommage les cellules hépatiques et favorise la fibrose, puis la cirrhose.

Des facteurs génétiques jouent un rôle. Les personnes porteuses de variants des gènes HLA-DR8, IL12A ou STAT4 ont un risque plus élevé. Des déclencheurs environnementaux, comme certaines infections urinaires à Escherichia coli, pourraient déclencher la maladie chez les personnes prédisposées. C’est pourquoi la CBP est classée comme une maladie auto-immune, pas infectieuse ni héritée de manière directe.

Le traitement de référence : l’acide urso-désoxycholique (UDCA)

L’acide urso-désoxycholique (UDCA), aussi appelé ursodiol, est le traitement de première ligne depuis plus de 30 ans. Il est prescrit à une dose de 13 à 15 mg par kilogramme de poids corporel chaque jour. Son mécanisme est simple mais efficace : il remplace les acides biliaires toxiques par des formes moins agressives, stimule l’écoulement de la bile et réduit l’inflammation.

Environ 60 à 65 % des patients répondent bien à l’UDCA. Chez ces patients, les taux d’alkaline phosphatase (ALP) - un marqueur clé de la maladie - diminuent significativement. Ceux qui répondent bien ont un taux de survie sans transplantation de 87 % après 10 ans. Ceux qui ne répondent pas - environ 35 % - voient leur risque de complications augmenter nettement.

Le problème ? Il n’existe pas de test simple pour prédire qui répondra bien à l’UDCA. Les médecins doivent surveiller les niveaux d’ALP tous les 3 à 6 mois. Si, après 12 mois de traitement à bonne dose, l’ALP reste supérieure à 1,67 fois la limite supérieure normale, le patient est considéré comme non-répondant. C’est à ce moment-là qu’il faut passer à un traitement de deuxième ligne.

Le retrait d’Ocaliva : un tournant majeur en 2025

Jusqu’en septembre 2025, l’acide obéticholique (Ocaliva) était le seul traitement approuvé pour les patients non-répondants à l’UDCA. Il agissait en activant un récepteur appelé FXR, ce qui réduisait la production de bile et diminuait l’inflammation. Mais il avait un gros défaut : il provoquait une démangeaison intense chez 56 % des patients. Environ 5 % devaient arrêter le traitement à cause de cette side effect.

Les données de sécurité ont empiré avec le temps. Une étude post-commercialisation menée par la FDA en 2025 a montré que chez les patients avec une cirrhose avancée, le risque de décès était 1,78 fois plus élevé avec Ocaliva que sans. En octobre 2025, l’American Association for the Study of Liver Diseases (AASLD) a confirmé le retrait du marché aux États-Unis. L’Agence a conclu que les bénéfices ne compensaient plus les risques, surtout pour les patients déjà atteints de fibrose modérée à sévère.

Ce retrait a bouleversé la pratique. Des milliers de patients ont dû changer de traitement en quelques mois. Les médecins ont dû réévaluer leurs protocoles et revoir les priorités thérapeutiques.

Deux pilules magiques, Seladelpar et Elafibranor, luttent contre des nuages d'inflammation et de démangeaisons.

Les nouveaux traitements : seladelpar et elafibranor

Avec l’absence d’Ocaliva, deux nouveaux médicaments sont devenus les piliers du traitement de deuxième ligne : seladelpar (marque Livdelzi) et elafibranor (marque Iqirvo).

Seladelpar est un agoniste sélectif du récepteur PPAR-δ. Il a été approuvé par la FDA en décembre 2024. Dans les essais cliniques, 70 % des patients ont vu leur ALP diminuer de plus de 15 %, et 42 % ont atteint une normalisation complète du taux d’ALP - contre seulement 6 % sous placebo. Ce médicament a aussi un effet remarquable sur les démangeaisons : 45 % des patients ont rapporté une réduction significative des démangeaisons, ce qui améliore considérablement leur qualité de vie.

Le seul inconvénient ? Il peut aggraver temporairement les démangeaisons au début du traitement, chez 25 % des patients. Mais dans 92 % des cas, ce symptôme disparaît après 8 semaines. La dose commence à 5 mg par jour, puis augmente à 10 mg après 4 semaines. Cela nécessite une surveillance étroite au début.

Elafibranor, approuvé en novembre 2024, est un agoniste dual PPAR-α/δ. Il est prescrit à 80 mg par jour, sans titration. Il est plus simple à utiliser, mais moins efficace en termes de normalisation de l’ALP : seulement 21 % des patients atteignent ce niveau, contre 42 % avec seladelpar. Cependant, il réduit mieux les triglycérides (24 % en moyenne), ce qui peut être un avantage pour les patients avec des problèmes métaboliques comme le diabète ou l’obésité.

Les deux médicaments améliorent la survie sans transplantation, mais seladelpar montre une meilleure efficacité sur les marqueurs biologiques clés. Selon les données de l’essai ASSURE (présentées à la réunion de l’AASLD en 2025), 67 % des patients sous seladelpar atteignent une réponse biochimique composite (réduction de l’ALP + bilirubine normale), contre 56 % avec elafibranor.

Comment choisir entre seladelpar et elafibranor ?

Il n’y a pas de réponse unique. Le choix dépend du profil du patient.

  • Si les démangeaisons sont très gênantes, seladelpar est préféré. Il réduit les symptômes plus efficacement et a un meilleur impact sur la qualité de vie.
  • Si le patient a des troubles métaboliques (diabète, cholestérol élevé, obésité), elafibranor peut être plus adapté grâce à son effet sur les lipides.
  • Si la simplicité de prise est prioritaire (pas de titration), elafibranor est plus facile à gérer.
  • Si la normalisation de l’ALP est l’objectif principal (pour réduire le risque de cirrhose), seladelpar est le meilleur choix.

Les fibrates, comme le fenofibrate, sont aussi utilisés en deuxième ligne, mais de manière hors AMM. Ils sont moins efficaces que les deux nouveaux médicaments, mais peuvent être une option si les autres sont contrindiqués ou trop coûteux.

Tableau médical futuriste montrant un arbre en fleurs dont les pétales représentent les marqueurs biologiques du foie.

Surveillance et objectifs de traitement

Le suivi n’est pas optionnel. Les patients doivent faire des analyses de sang tous les 3 mois pendant la phase de titration, puis tous les 6 mois en maintenance. L’objectif n’est pas seulement de réduire l’ALP, mais de l’abaisser en dessous de 1,5 fois la limite supérieure normale - ce qu’on appelle la « normalisation ».

Les études montrent que chaque réduction de 10 % de l’ALP correspond à une baisse de 7,2 % du risque de décès ou de transplantation. Même une réduction de 40 % peut être bénéfique. Les médecins ne doivent pas attendre la normalisation parfaite pour juger du succès du traitement.

Les nouveaux guides de l’AASLD et de l’EASL (octobre 2025) insistent sur une chose : les tendances sur le long terme comptent plus qu’un seul chiffre. Une ALP qui baisse régulièrement, même lentement, est un bon signe.

Coût et accès aux traitements

Les nouveaux traitements sont chers. Seladelpar coûte environ 500 $ par mois en copaiement pour les patients assurés. Elafibranor est légèrement moins cher, mais reste élevé. En 2025, 40 % des patients avec une assurance commerciale déclarent payer plus de 500 $ par mois pour ces médicaments.

Les assurances, y compris Medicare, exigent une preuve d’échec de l’UDCA et un taux d’ALP supérieur à 1,67 fois la norme avant d’autoriser le remboursement. Le taux de refus initial est de 28 % pour seladelpar. Les patients doivent souvent faire appel, fournir des dossiers médicaux complets, et parfois attendre plusieurs semaines avant d’obtenir l’autorisation.

Des outils comme le « Treatment Navigator » de la PBC Foundation et l’application mobile de l’AASLD aident les patients à comprendre les étapes et à préparer les documents nécessaires.

Que réserve l’avenir ?

Plus de 12 nouveaux médicaments sont en cours de développement. Parmi les plus prometteurs : setanaxib, qui bloque une enzyme impliquée dans la fibrose, et VE-202, une thérapie par transplantation de flore intestinale. Une étude de phase 2 sur ce dernier devrait livrer ses résultats au printemps 2026.

Les chercheurs travaillent aussi sur des traitements plus ciblés, comme des anticorps monoclonaux qui bloquent les cellules immunitaires responsables de l’attaque des canaux biliaires. Le but est de ne plus seulement gérer les symptômes, mais d’arrêter la maladie à la source.

Le point de vue des experts est clair : la CBP n’est plus une maladie sans espoir. Avec les nouveaux traitements, les patients peuvent vivre longtemps, avec une bonne qualité de vie. Mais il faut un diagnostic précoce, un suivi rigoureux et un accès équitable aux médicaments. L’avenir dépendra de la capacité des systèmes de santé à rendre ces traitements abordables et disponibles.

Quelle est la différence entre cholangite biliaire primitive et cholangite sclérosante primaire ?

La cholangite biliaire primitive (CBP) affecte les petits canaux biliaires à l’intérieur du foie, tandis que la cholangite sclérosante primaire (CSP) touche les gros canaux, souvent en dehors du foie. La CBP est auto-immune et touche surtout les femmes, alors que la CSP est plus fréquente chez les hommes et souvent associée à la maladie inflammatoire de l’intestin. Les traitements diffèrent aussi : l’UDCA est efficace pour la CBP, mais pas pour la CSP.

L’UDCA peut-il guérir la cholangite biliaire primitive ?

Non, l’UDCA ne guérit pas la CBP. Il ralentit la progression de la maladie en réduisant la toxicité de la bile et en protégeant les cellules du foie. Chez les patients qui y répondent bien, il permet de vivre presque normalement pendant des décennies. Mais il ne supprime pas la maladie sous-jacente.

Pourquoi le taux d’ALP est-il si important dans la CBP ?

L’ALP (phosphatase alcaline) est une enzyme produite par les cellules des canaux biliaires. Quand ces canaux sont endommagés, l’ALP s’accumule dans le sang. Un taux élevé signifie que la maladie est active. Une baisse de l’ALP montre que le traitement fonctionne. C’est pourquoi les médecins l’utilisent comme indicateur principal pour ajuster les traitements.

Les démangeaisons sont-elles inévitables avec la CBP ?

Non, mais elles sont très fréquentes : environ 70 % des patients en souffrent. Elles ne sont pas causées par la bile qui s’accumule, mais par des substances chimiques dans le sang qui irritent les nerfs de la peau. Les nouveaux traitements comme seladelpar et elafibranor réduisent ces démangeaisons, ce qui est une avancée majeure. Il existe aussi des traitements symptomatiques comme la rifampicine ou la naltrexone, mais ils sont moins efficaces.

Faut-il faire un transplant du foie si on a une CBP ?

Seuls les patients dont la maladie progresse malgré les traitements et qui développent une insuffisance hépatique ou des complications graves (comme des saignements ou une encéphalopathie) ont besoin d’une transplantation. Aujourd’hui, moins de 10 % des patients atteints de CBP atteignent ce stade, grâce aux nouveaux traitements. La transplantation est très efficace pour la CBP, avec un taux de survie de plus de 80 % à 5 ans.

13 Commentaires

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    Eveline Hemmerechts

    décembre 31, 2025 AT 15:55

    On ne peut pas juste dire que c'est une maladie rare... c'est une tragédie silencieuse. Chaque patiente qui perd 10 ans de sa vie à attendre un diagnostic, c'est un échec du système. Et maintenant, on nous sort des traitements à 500$ le mois comme si c'était des cafés Starbucks. 🤡

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    Myriam Muñoz Marfil

    janvier 2, 2026 AT 03:59

    Je suis infirmière en hépatologie et je peux vous dire que seladelpar a changé la vie de plusieurs de mes patientes. Les démangeaisons ? Disparues. Le moral ? Revenu. Même si c’est cher, c’est un investissement en qualité de vie. On arrête de voir des gens pleurer parce qu’ils ne peuvent plus dormir. 💪

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    Emily Elise

    janvier 2, 2026 AT 19:59

    Elafibranor est juste une version légèrement moins chère d’un placebo avec des effets secondaires. Seladelpar est la seule vraie avancée depuis des décennies. Arrêtez de faire des compromis pour des raisons budgétaires. La santé n’est pas un budget.

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    Brittany Pierre

    janvier 3, 2026 AT 23:45

    Je suis diagnostiquée depuis 2019... j’ai pris l’UDCA pendant 4 ans, j’étais en échec complet. J’ai commencé seladelpar en janvier 2025. Mon ALP est tombé de 420 à 98. J’ai repris le vélo. J’ai dormi sans me gratter. Je pleure encore en écrivant ça. Merci à la science. 🙏

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    Donna Peplinskie

    janvier 4, 2026 AT 03:18

    Je voulais juste dire que je suis tellement contente de voir cette discussion. C’est une maladie tellement méconnue, et pourtant, des femmes comme moi passent des années à se faire dire « c’est juste du stress ». Merci pour ce post, et merci à tous ceux qui partagent leur vécu. On n’est pas seules. 💕

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    Rachel Patterson

    janvier 5, 2026 AT 19:34

    La normalisation de l'ALP à 1,5x la limite supérieure est une absurdité statistique. Les seuils sont arbitraires, les études sont financées par les laboratoires, et les patients sont traités comme des variables dans un modèle économique. L'industrie pharmaceutique a créé une maladie pour vendre des médicaments. Le retrait d'Ocaliva n'est qu'une manœuvre de réputation. Rien de plus.

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    andreas klucker

    janvier 6, 2026 AT 09:34

    Les données de l’essai ASSURE sont solides, mais il faut regarder la cohorte : 78% des patients étaient en stade F2-F3. Qu’en est-il des F4 ? Les résultats sur la survie sans transplantation sont prometteurs, mais on manque encore de données à 5 ans. On ne peut pas encore dire que c’est une cure, juste une amélioration significative du pronostic.

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    Dani Kappler

    janvier 6, 2026 AT 22:07

    Ok mais pourquoi personne parle du coût pour les sans-assurance ? J’ai un cousin qui a la CBP, il est en Suisse, il a un salaire de 3k/mois... et il doit payer 800€ par mois. Il va bientôt abandonner. C’est pas une maladie, c’est une sentence économique.

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    Raphael paris

    janvier 8, 2026 AT 11:27

    Le traitement c’est du cash. Le diagnostic c’est du cash. La survie c’est du cash. Fin.

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    Alexandra Marie

    janvier 9, 2026 AT 15:32

    Le fait que les assurances refusent 28% des demandes de seladelpar alors que les données cliniques sont claires... c’est juste du cynisme organisé. On a des médicaments qui sauvent, mais on les garde derrière un mur de paperasse. C’est le système qui est malade, pas les patients.

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    Joanna Magloire

    janvier 11, 2026 AT 15:01

    Je suis une patiente. Je prends elafibranor. Je n’ai pas de démangeaisons, mais j’ai un peu de fatigue. Je n’ai pas de problème d’argent, mais je connais des gens qui ont dû vendre leur voiture. On peut parler de science, mais la vie, c’est aussi ça.

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    Valentin PEROUZE

    janvier 12, 2026 AT 04:15

    Et si tout ça était un mensonge ? Et si la CBP n’existait pas vraiment ? Et si c’était juste un piège pour vendre des médicaments à des femmes anxieuses ? Les laboratoires ont déjà menti sur l’aspirine, sur les antidépresseurs... pourquoi pas ici ? 😈

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    Elaine Vea Mea Duldulao

    janvier 13, 2026 AT 13:46

    Je suis médecin et je veux dire : vous avez tous raison. La science est complexe, les coûts sont inacceptables, et chaque patient mérite une réponse personnalisée. Mais ce n’est pas une guerre entre médicaments. C’est une course contre le temps. Alors parlons moins de qui est le meilleur, et plus de comment on fait pour que personne ne soit laissé pour compte.

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