Prendre un IMAO (inhibiteur de la monoamine oxydase) pour traiter la dépression ne signifie pas seulement prendre une pilule chaque jour. Cela signifie aussi changer la façon dont vous mangez. Pourquoi ? Parce qu’un composé naturel appelé tyramine, présent dans certains aliments, peut provoquer une montée brutale de la pression artérielle - parfois mortelle - si vous prenez un IMAO. Ce n’est pas une alerte vague. C’est une règle de survie.
Comment la tyramine devient un danger avec les IMAO
Les IMAO, comme la phénélzine ou la tranylcypromine, bloquent une enzyme appelée monoamine oxydase A (MAO-A). Cette enzyme, normalement présente dans l’intestin et le foie, décompose la tyramine avant qu’elle n’entre dans le sang. Quand elle est inhibée, la tyramine passe directement dans la circulation. Elle déclenche alors une libération massive de noradrénaline, une hormone qui fait battre le cœur plus vite et serre les vaisseaux sanguins. Résultat : une crise hypertensive. La pression peut monter à 180/120 mmHg en moins de 30 minutes. Des maux de tête intenses, des palpitations, des sueurs froides, et dans les cas graves, une hémorragie cérébrale peuvent survenir.
Ce n’est pas une réaction rare. Des études montrent qu’une simple portion de 25 mg de tyramine - l’équivalent d’un morceau de fromage vieilli - suffit à déclencher cette réaction chez un patient sous IMAO. Et la plupart des gens ne savent pas que leur fromage préféré ou leur salami contient autant de tyramine.
Quels aliments sont vraiment dangereux ?
La tyramine ne se trouve pas dans tous les aliments. Elle se développe quand les protéines se décomposent - par le vieillissement, la fermentation ou la dégradation. Voici les catégories à éviter absolument :
- Fromages vieillis : le cheddar, le parmesan, le gorgonzola, le brie affiné. Un seul morceau de 30 g peut contenir jusqu’à 30 mg de tyramine. Le fromage frais (ricotta, mozzarella, fromage blanc) est sans risque.
- Viandes séchées ou fermentées : le salami, le pepperoni, la saucisse de foie, le boudin. Une tranche de 30 g peut contenir 50 mg de tyramine. Les viandes fraîches, cuites le jour même, sont sûres.
- Sauces de soja et produits fermentés : la sauce soja traditionnelle contient jusqu’à 50 mg par cuillère à soupe. Même chose pour le miso et la sauce fish. Les versions commerciales modernes, pasteurisées, en contiennent souvent moins de 15 mg - vérifiez l’étiquette.
- Fruits trop mûrs : une banane mûre est sans danger, mais une banane noire, une avocat très tendre ou une pomme qui commence à pourrir peuvent atteindre 10 mg de tyramine. Évitez les fruits qui ne sont plus fermes.
- Bières artisanales et non pasteurisées : les bières de fermenteur (tap beer) contiennent entre 10 et 30 mg par 100 ml. Les bières en bouteille, filtrées et pasteurisées, sont généralement sûres. Le vin rouge (comme le Chianti) contient environ 10-20 mg par verre - une petite quantité est tolérée. Les spiritueux (whisky, vodka, cognac) ne contiennent presque pas de tyramine.
Il ne s’agit pas d’éviter tous les aliments fermentés. Un yaourt nature, du pain au levain ou du choucroute fermentée ne présentent pas de risque significatif. Ce sont les aliments vieillis longtemps, ou mal conservés, qui sont dangereux.
Les IMAO modernes ne sont pas tous égaux
Les anciens IMAO - comme la phénélzine - sont irréversibles. Leur effet dure deux à quatre semaines après l’arrêt. Mais les nouvelles formes sont bien plus sûres.
Le patch de selegiline (Emsam), appliqué sur la peau, libère le médicament directement dans le sang, en évitant le foie et l’intestin. À la dose de 6 mg/24h, les restrictions alimentaires sont presque nulles. À 9 mg/24h, il faut éviter les fromages forts et les viandes séchées. À 12 mg/24h, les règles reviennent à celles des IMAO traditionnels.
La moclobémide est un IMAO réversible. Elle se détache de l’enzyme si la tyramine arrive en quantité. Cela réduit drastiquement le risque. En France, elle est moins prescrite, mais elle est disponible. Si votre médecin vous en propose une, demandez si elle est réversible. Cela change tout.
Autres dangers : les médicaments en vente libre
La tyramine n’est pas le seul danger. Certains médicaments en vente libre peuvent provoquer la même réaction. Évitez :
- Les décongestionnants nasaux : pseudoéphédrine, phényléphrine (présents dans les sirops contre le rhume)
- Les suppléments à base de tyrosine ou de L-dopa
- Les antidouleurs contenant de la tramadol ou de la meperidine
- Les herbes comme la racine de maca ou l’hypericum (millepertuis)
Un simple comprimé de décongestionnant peut suffire à déclencher une crise. Toujours demander à votre pharmacien : « Est-ce que ce médicament est sûr à prendre avec un IMAO ? » Ne supposez jamais que c’est inoffensif.
Combien de temps faut-il attendre après avoir arrêté un IMAO ?
Beaucoup de patients pensent qu’ils peuvent reprendre une alimentation normale dès qu’ils arrêtent leur pilule. Ce n’est pas vrai.
Les IMAO irréversibles bloquent les enzymes pendant deux à quatre semaines. Votre corps doit les remplacer. Pendant ce temps, vous êtes toujours en danger. Il faut attendre au moins 14 jours avant de commencer un autre antidépresseur comme un ISRS (ex : sertraline, fluoxétine). Sinon, vous risquez un syndrome sérotoninergique - une réaction toxique qui peut être fatale.
Les IMAO réversibles, comme la moclobémide, ne nécessitent qu’une pause de 24 à 48 heures. Mais vous devez le savoir. Votre médecin doit vous le dire clairement.
Comment s’y retrouver dans la pratique ?
Vous n’avez pas besoin de mémoriser 50 aliments. Voici trois règles simples :
- Évitez tout ce qui est vieilli, fermenté ou stocké longtemps.
- Lisez les étiquettes : si un produit contient « fermenté », « affiné », « séché » ou « naturellement vieilli », faites attention.
- Quand vous doutez, ne mangez pas. Un morceau de fromage n’en vaut pas la peine.
Conservez vos aliments correctement. Les fromages doivent être mangés frais. Les viandes doivent être consommées rapidement après ouverture. Jetez les fruits trop mûrs. Utilisez des réfrigérateurs propres et bien réglés.
Carry always an alert card. Il existe des cartes médicales gratuites que vous pouvez imprimer ou télécharger. Indiquez dessus que vous prenez un IMAO. Montrez-la aux médecins, aux dentistes, aux urgences. Beaucoup de professionnels ne connaissent pas ce risque.
Les IMAO sont-ils encore utiles aujourd’hui ?
Oui. Malgré les restrictions, ils restent un outil précieux. Ils sont souvent la seule solution pour les dépressions résistantes, ou celles avec des symptômes atypiques : hypersomnie, prise de poids, sensibilité au rejet. Ils agissent différemment des ISRS, et parfois mieux.
En 2023, près de 75 % des prescriptions d’IMAO en France et aux États-Unis concernent le patch de selegiline. Le risque est très faible quand on suit les règles. Moins de 0,5 % des patients sous IMAO bien surveillés développent une crise hypertensive par an.
Le vrai danger, ce n’est pas le médicament. C’est le silence. Les patients qui ne parlent pas de leur traitement, qui ne lisent pas les avertissements, qui prennent un fromage « juste une fois » - ce sont eux qui risquent tout.
Et si je veux arrêter les IMAO ?
Ne les arrêtez jamais seul. Votre médecin doit vous guider. Un arrêt brutal peut provoquer des symptômes de sevrage : sueurs, anxiété, troubles du sommeil, vertiges. Et surtout : vous devez respecter les 14 jours de lavage avant de commencer un autre antidépresseur. Même si vous vous sentez bien.
Si vous avez des doutes sur un aliment, demandez à votre pharmacien. Il peut consulter une base de données de teneur en tyramine. Les hôpitaux en France utilisent des guides comme celui de l’Université de l’Iowa, qui donne des valeurs précises : 15 mg dans une cuillère de sauce soja, 50 mg dans 30 g de salami. Ce n’est pas une liste vague. C’est une science.
Prendre un IMAO, c’est prendre un engagement. Pas seulement avec votre santé mentale. Avec votre alimentation. Avec votre vigilance. Mais ce n’est pas une peine. C’est un moyen de retrouver votre vie - en toute sécurité.
Quels fromages puis-je manger si je prends un IMAO ?
Évitez les fromages vieillis, affinés ou fermentés comme le cheddar, le bleu, le gorgonzola, le parmesan ou le brie affiné. Ils contiennent plus de 30 mg de tyramine par portion. Privilégiez les fromages frais : ricotta, mozzarella, fromage blanc, cottage cheese, ou fromage de chèvre frais. Vérifiez toujours l’étiquette : si le mot « affiné » ou « vieilli » y figure, évitez-le.
La sauce soja est-elle interdite avec un IMAO ?
La sauce soja traditionnelle, fermentée, contient jusqu’à 50 mg de tyramine par cuillère à soupe - c’est dangereux. Mais les versions commerciales modernes, pasteurisées et filtrées, en contiennent souvent moins de 15 mg. Lisez l’étiquette : si elle mentionne « fermentée naturellement », évitez-la. Si elle dit « produite par hydrolyse » ou « pasteurisée », elle est généralement sûre en petite quantité. Une cuillère occasionnelle est acceptable si vous ne mangez pas d’autres aliments riches en tyramine le même jour.
Puis-je boire du vin ou de la bière avec un IMAO ?
Le vin rouge (comme le Chianti) contient environ 10 à 20 mg de tyramine par verre. Une petite quantité (un verre) est généralement tolérée. Les spiritueux comme le whisky, la vodka ou le cognac ne contiennent presque pas de tyramine. En revanche, évitez les bières non pasteurisées, artisanales ou en fût (tap beer), qui peuvent contenir jusqu’à 30 mg par 100 ml. Les bières en bouteille, filtrées et industrielles, sont souvent sûres - mais vérifiez toujours.
Les bananes et les avocats sont-ils dangereux ?
Une banane mûre contient environ 0,5 à 1 mg de tyramine - sans risque. Un avocat mûr en contient jusqu’à 3 mg. Mais si la banane est noire, ou si l’avocat est trop tendre, presque pourri, la teneur peut monter à 10 mg. Ce n’est pas un danger immédiat, mais si vous en mangez plusieurs avec d’autres aliments à risque, cela peut s’additionner. Mangez-les frais, pas trop mûrs, et évitez les restes qui ont passé plusieurs jours au frigo.
Combien de temps faut-il attendre après un IMAO pour prendre un ISRS ?
Vous devez attendre au moins 14 jours après avoir arrêté un IMAO irréversible (comme la phénélzine ou la tranylcypromine) avant de commencer un ISRS comme la sertraline ou la fluoxétine. Cette période est obligatoire. Si vous ne respectez pas ce délai, vous risquez un syndrome sérotoninergique, une réaction potentiellement mortelle. Pour les IMAO réversibles comme la moclobémide, 24 à 48 heures suffisent. Mais vérifiez toujours avec votre médecin - chaque cas est différent.
Les IMAO sont-ils encore prescrits aujourd’hui ?
Oui, mais moins souvent. Ils représentent moins de 2 % des prescriptions d’antidépresseurs. Cependant, ils restent essentiels pour les cas de dépression résistante aux autres traitements, ou pour les formes atypiques (avec hypersomnie, prise de poids, sensibilité au rejet). Le patch de selegiline (Emsam) est devenu la forme la plus prescrite, car il réduit fortement les restrictions alimentaires. Les nouveaux IMAO réversibles, comme la moclobémide, sont aussi de bons choix. Ce ne sont pas des médicaments du passé - ce sont des outils modernes, quand ils sont bien utilisés.
Dani Kappler
janvier 7, 2026 AT 14:35Je sais que c’est pas drôle, mais j’ai arrêté le brie il y a 3 ans après une crise de pression. Une fois, j’ai mangé un morceau de cheddar en vacances… j’ai cru que j’allais crever. Faut vraiment pas jouer avec ça.
Je suis pas médecin, mais j’ai vécu l’expérience. C’est pas une blague.
Alexandra Marie
janvier 8, 2026 AT 21:27Le truc, c’est que tout le monde parle de la tyramine, mais personne dit qu’avec un IMAO réversible comme la moclobémide, tu peux manger presque tout. J’ai un ami qui prend ça, il boit du vin rouge, il mange du salami… et il vit. Le vrai problème, c’est que les médecins ne parlent pas des alternatives. Ils te mettent en mode « régime de survie » sans même vérifier si t’es candidat à un truc plus doux.
La médecine, c’est souvent du « tout ou rien » alors que la réalité est en gris.
Myriam Muñoz Marfil
janvier 10, 2026 AT 09:10Je suis une ancienne patiente sous IMAO, et je veux dire à tous ceux qui lisent ça : vous n’êtes pas seuls. C’est dur de devoir dire non à un fromage à 21h après une longue journée, mais chaque fois que tu fais le bon choix, tu te rends compte que c’est un acte d’amour pour toi-même.
Je n’ai pas perdu ma vie, j’ai juste réinventé ma table. Et maintenant, je cuisine des plats incroyables sans rien d’interdit. Ça vaut le coup.
Brittany Pierre
janvier 12, 2026 AT 01:15JE VIENS DE LIRE CETTE POST ET JE CRIE SUR LES RUE !!!!
LES PHARMACIENS DOIVENT ÊTRE OBLIGÉS DE DONNER UNE CARTE MÉDICALE À CHAQUE PATIENT !!!!
MON TONTON EST MORT PARCE QU’IL A PRIS UN DÉCONGESTIONNANT AVEC SON IMAO ET PERSONNE LUI A DIT !!!!
JE SUIS EN COLÈRE. JE SUIS TRISTE. JE SUIS EN COLÈRE.
On ne peut pas laisser ça comme ça. On doit faire un mouvement. On doit exiger des cartes. On doit former les pharmaciens. On doit sauver des vies. #IMAOawareness
Eveline Hemmerechts
janvier 13, 2026 AT 20:19Il est étrange que nous vivions dans une société où l’on peut acheter des produits chimiques en vente libre, mais où l’on doit subir une discipline monastique pour survivre à un traitement médical. La tyramine n’est pas un ennemi - elle est un signal. Notre corps nous parle, et nous, nous avons choisi de l’ignorer jusqu’à ce qu’il crie.
Peut-être que le vrai problème, ce n’est pas la tyramine. C’est notre relation à la médecine : passive, anxieuse, et souvent, désinformée.
andreas klucker
janvier 14, 2026 AT 00:52Je suis étonné que personne ne mentionne les différences entre les IMAO réversibles et irréversibles dans les discussions courantes. La moclobémide est sous-estimée en France. Elle permet une flexibilité alimentaire réelle, et les études montrent une efficacité comparable aux ISRS pour les dépressions atypiques.
Il faudrait que les protocoles de prescription évoluent. Ce n’est pas un vieux médicament, c’est un outil mal compris.