Coûts à la charge des patients : ce que vous payez pour les génériques vs les médicaments de marque

Coûts à la charge des patients : ce que vous payez pour les génériques vs les médicaments de marque
17 janvier 2026 0 Commentaires Fabienne Martel

Vous avez reçu une ordonnance. Le pharmacien vous propose une version générique. Vous vous dites : "C’est moins cher, donc c’est mieux". Mais est-ce toujours vrai ? Parfois, vous payez plus pour un générique que pour le médicament de marque. Et ça, ce n’est pas une erreur. C’est le système.

Les génériques sont-ils vraiment moins chers ?

En théorie, oui. Les génériques contiennent les mêmes ingrédients actifs que les médicaments de marque. Ils agissent de la même manière dans votre corps. La FDA et l’ANSM les ont approuvés pour cela. Et en moyenne, ils coûtent entre 80 % et 85 % moins cher.

En France, 90 % des ordonnances sont remplies avec des génériques. Pourtant, ces mêmes génériques ne représentent que 18 % des dépenses totales en médicaments. Pourquoi ? Parce que les médicaments de marque, bien que prescrits moins souvent, coûtent tellement plus cher qu’ils absorbent la majeure partie de l’argent dépensé.

Vous pensez peut-être que si le générique est moins cher, vous payez moins. Pas toujours. Votre facture dépend de votre assurance, pas seulement du prix du médicament.

Comment votre assurance change tout

Si vous avez une mutuelle avec une franchise fixe (copaiement), vous payez 5 €, 10 € ou 15 €, peu importe si le médicament coûte 2 € ou 200 €. Dans ce cas, une hausse du prix du médicament ne change rien pour vous. Vous payez toujours le même montant.

Mais si votre assurance fonctionne avec une part variable (coinsurance), là, c’est différent. Vous payez 20 % du prix total. Si le prix du médicament augmente de 16 %, votre facture augmente aussi de 16 %. Et les prix des médicaments de marque ont augmenté de 16,7 % en moyenne sur deux ans, selon une étude de 2021. Les génériques aussi. Mais les génériques, eux, partent d’un prix bien plus bas.

Le problème, c’est que les systèmes d’assurance ne répercutent pas toujours les réductions négociées entre les fabricants et les assureurs. Ces réductions (appelées rebates) sont censées faire baisser les prix. Mais elles ne profitent pas directement à vous. Elles servent à réduire la facture de l’assurance, pas la vôtre.

Le piège du "donut hole" en France ? Non… mais aux États-Unis, oui

En France, le système est plus simple. Les génériques sont remboursés à hauteur de 65 %, et vous payez le reste. Il n’y a pas de "trou" comme aux États-Unis. Mais si vous êtes assuré aux États-Unis, le système Medicare Part D peut vous piéger.

Quand vous dépensez trop pour vos médicaments, vous entrez dans une zone appelée "donut hole" - une période où vous payez presque tout. Là, les fabricants de médicaments de marque doivent payer une réduction qui compte dans votre dépense personnelle. Cela vous aide à sortir plus vite de cette zone. Les fabricants de génériques, eux, ne paient rien. Donc, pour atteindre la même protection, vous devez dépenser 279 % plus sur un générique que sur un médicament de marque.

En 2019, pour sortir du "donut hole", un patient avec un générique devait dépenser 3 730 $, tandis qu’un patient avec un médicament de marque n’avait besoin que de 982 $. C’est une absurdité. Et ça, c’est un choix politique. Pas une erreur médicale.

Scène comparée : patient en France payant cash à prix bas, patient aux États-Unis piégé dans un système d'assurance chaotique.

Les génériques peuvent-ils coûter plus cher que les marques ?

Oui. Et ce n’est pas une blague.

Si un générique est très cher - parce qu’il est produit par un seul laboratoire, qu’il est difficile à fabriquer, ou qu’il n’y a pas de concurrence - son prix peut dépasser celui d’un médicament de marque. C’est rare, mais ça arrive. Et quand ça arrive, vous payez plus pour le générique.

Par exemple, certains génériques de traitements contre le cancer ou les maladies rares peuvent coûter des milliers de dollars. Leur prix n’est pas bas parce qu’il n’y a pas d’autres fabricants. Dans ces cas-là, le mot "générique" n’a plus de sens. C’est un médicament unique, avec un prix unique.

Et si vous payiez cash ?

En France, la plupart des gens utilisent leur carte vitale. Mais aux États-Unis, une tendance émergente fait parler d’elle : payer cash pour les génériques.

Des pharmacies comme Mark Cuban Cost Plus Drug Company ou Blueberry Pharmacy vendent des génériques à prix fixe, sans passer par l’assurance. Pour 11,8 % des génériques, les patients économisent en moyenne 4,96 $ par ordonnance en payant cash. Pour les personnes sans assurance, les économies sont encore plus grandes.

En 2020, 97 % des paiements cash aux États-Unis étaient pour des génériques. Pourquoi ? Parce que les assureurs ajoutent des frais, des intermédiaires, des négociations complexes. Le cash, lui, est direct. Pas de détour. Pas de profit caché.

En France, ce modèle existe aussi, mais sous une autre forme : les pharmacies de quartier qui proposent des prix fixes pour certains génériques. Vous pouvez demander à votre pharmacien : "Combien ça coûte en cash ?". Parfois, la réponse est plus basse que ce que votre mutuelle vous facture.

Bataille symbolique entre médicament de marque et générique, avec des humains demandant plus de transparence.

Les intermédiaires, les vrais coupables ?

Qui gagne de l’argent sur les génériques ? Pas vous. Pas le médecin. Pas même le laboratoire.

Les intermédiaires : les pharmacies, les gestionnaires de prestations (PBMs), les assureurs. Ce sont eux qui négocient les prix. Et souvent, ils préfèrent des génériques plus chers… parce qu’ils touchent une commission plus élevée.

Une étude de l’USC Schaeffer Center a montré que les patients paient 13 à 20 % de trop pour les génériques à cause de cette opacité. Le système est conçu pour maximiser les profits des intermédiaires, pas pour minimiser ce que vous payez.

Les génériques devraient être une solution pour réduire les coûts. Mais ils sont devenus un outil pour augmenter les marges. Et vous, vous êtes celui qui paie la facture.

Que pouvez-vous faire ?

1. Demandez le prix en cash. Avant de passer par l’assurance, demandez à votre pharmacien : "Combien ça coûte sans assurance ?". Parfois, c’est moins cher.

2. Ne laissez pas votre médecin imposer un médicament de marque. Si vous avez un générique disponible, demandez-le. Si votre médecin écrit "dispense as written", il bloque le générique. Vous pouvez demander à ce qu’il change.

3. Comprenez votre assurance. Est-ce que vous avez une franchise fixe ? Une part variable ? Un déductible ? Votre facture change selon la réponse. Apprenez ce que vous payez vraiment.

4. Utilisez des outils comme GoodRx. Même en France, des applications comparant les prix de pharmacies existent. Elles ne sont pas aussi répandues qu’aux États-Unis, mais elles commencent à arriver. Vérifiez les prix avant d’acheter.

5. Ne croyez pas que "générique" = "moins bon". Les génériques sont aussi sûrs et efficaces. Des études le prouvent. La seule différence, c’est le prix - et parfois, la mauvaise politique.

Et l’avenir ?

Les gouvernements commencent à réagir. Aux États-Unis, le Congrès travaille sur un plafond des dépenses à la charge des patients pour Medicare Part D. En France, les prix des génériques sont encadrés, mais les marges des intermédiaires restent opaques.

La solution ne vient pas de plus de réglementation. Elle vient de plus de transparence. Si vous savez combien coûte réellement un générique, et qui en profite, vous pouvez faire des choix mieux informés.

Le vrai problème n’est pas que les génériques sont chers. C’est que le système est conçu pour que vous ne sachiez jamais combien vous payez vraiment.

Pourquoi les génériques coûtent-ils moins cher que les médicaments de marque ?

Les génériques coûtent moins cher parce qu’ils n’ont pas à financer les coûts de recherche, de développement et de marketing des médicaments de marque. Les laboratoires qui produisent des génériques n’ont pas besoin de faire de nouvelles études cliniques : ils doivent simplement prouver qu’ils sont bioéquivalents. Cela réduit drastiquement les coûts, ce qui permet de vendre les médicaments à un prix beaucoup plus bas.

Les génériques sont-ils aussi efficaces que les médicaments de marque ?

Oui. Les génériques contiennent exactement le même ingrédient actif, dans la même dose et avec la même forme pharmaceutique. Ils sont testés pour être bioéquivalents, ce qui signifie qu’ils sont absorbés par le corps de la même manière. La seule différence peut être dans les excipients (colorants, liants), qui n’affectent pas l’efficacité du traitement.

Est-ce que je peux toujours choisir le générique ?

Oui, sauf si votre médecin a écrit "dispense as written" ou "do not substitute" sur l’ordonnance. Dans ce cas, le pharmacien ne peut pas vous remplacer par un générique. Mais vous pouvez demander à votre médecin de modifier cette indication. Il doit justifier pourquoi un générique ne convient pas - et ce n’est pas toujours le cas.

Pourquoi mon générique coûte-t-il plus que le médicament de marque ?

Cela peut arriver si votre assurance utilise un système de coinsurance ou de déductible. Si le prix du générique est élevé (par exemple, parce qu’il n’y a pas de concurrence), votre part peut dépasser celle du médicament de marque. C’est aussi le cas dans certains systèmes comme Medicare Part D aux États-Unis, où les génériques ne bénéficient pas des réductions des fabricants dans la "donut hole".

Comment puis-je payer moins pour mes médicaments génériques ?

Demandez toujours le prix en cash à votre pharmacien. Comparez avec des applications comme GoodRx ou des pharmacies à prix fixe. Vérifiez si votre mutuelle a des accords avec certaines pharmacies pour des tarifs réduits. Et n’hésitez pas à changer de pharmacie : les prix peuvent varier de 30 % d’un endroit à l’autre.